Avant-première de "Apocalypse la 1ère Guerre mondiale" à Ottawa [en]

Discours prononcé par l’ambassadeur Philippe ZELLER
à l’occasion du lancement de la programmation
d’Apocalypse Première guerre mondiale

Le mercredi 30 avril 2014 – Musée des beaux-arts du Canada



Madame la Ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, Honorable Shelly Glover,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires fédéraux,

Madame la Sénatrice, Présidente de l’Association interparlementaire Canada-France, Honorable Claudette Tardif,

Mesdames et Messieurs les Chefs de missions diplomatiques, Excellences, Chers collègues,
Algérie, Cameroun, Côte d’Ivoire, Allemagne, Sénégal, Italie, Japon, Bénin, Moldavie, Israël

Monsieur Marc Mayer, Directeur général du Musée des Beaux-arts du Canada qui nous fait l’honneur d’accueillir cet évènement ce soir,

Madame Suzanne Gouin, Présidente-directrice générale de TV5 Québec Canada,

Messieurs les responsables des commémorations en cette année de centenaire du début de la 1ère GM et du 70ème anniversaire des Débarquements de Normandie et de Provence, (dont M. Joseph Zimet, Directeur général de la mission du centenaire de la Première guerre mondiale, M. André Lévesque, Directeur général de la commémoration d’Anciens Combattants Canada, et M. Paul Turcotte, Directeur des célébrations et commémorations de Patrimoine canadien, ici présents)

Mesdames et Messieurs les représentants du Gouvernement du Canada, présents en nombre ce soir, notamment Patrimoine canadien, Défense nationale, Anciens Combattants Canada,

Mesdames et Messieurs les dirigeants du CRTC, du Fonds des Médias du Canada,

Mesdames et Messieurs les représentants de l’audiovisuel, canadiens, mais aussi français, car c’est un bien un travail de coproduction franco-canadien que nous saluons ce soir, Mme Josette Normandeau, M. Mathieu Kassovitz, et M. Louis Vaudeville qui nous font l’honneur de leur présence ce soir.

Chers amis,

Nous sommes entrés dans un cycle commémoratif d’une importance exceptionnelle pour nos deux pays : celui du Centenaire de la Première Guerre mondiale et du soixante-dixième anniversaire du Débarquement.

Ces deux évènements majeurs s’inscrivent dans nos mémoires nationales. S’y mêlent, s’enchaînent et s’enchevêtrent les histoires personnelles de nos aînés et le destin collectif de nos deux pays. Or ce temps de mémoire intervient dans un contexte où la paix suscite parfois l’indifférence, tant elle s’est installée comme une évidence. Elle est pourtant fragile, même là où elle paraît acquise, même en Europe.

C’est pourquoi il nous semble aujourd’hui si nécessaire de commémorer intensément notre histoire. Le Président de la République française l’a dit le 7 novembre dernier en aouvrant le Centenaire de la Grande Guerre : « Commémorer, c’est saisir la force des générations qui nous ont précédés afin de faire des leçons de vie pour les suivantes. Commémorer, c’est parler la langue des anonymes. »

C’est parler du courage du Poilu qui rencontre l’effroi au fond de la tranchée. C’est vanter l’audace du soldat qui arrache une position puissamment défendue. C’est souligner l’héroïsme discret, parfois anonyme, de l’ouvrière qui a pris la relève de son mari parti au front.

Dans l’histoire de la France, la Grande Guerre occupe une place particulière parce qu’elle est l’une des épreuves les plus dures qu’ait connues le peuple français. Elle a profondément transformé notre société et marqué notre sol, qui a été l’un des principaux théâtres du conflit.

Cette guerre aurait dû être la dernière. Citons Charles Péguy : « Je pars, soldat de la République, pour le désarmement général, pour la dernière des guerres.  ». Il tomba le 5 septembre 1914, dans les combats de l’Ourcq. Or cette Guerre suscite encore une attention et même une passion, que le temps ne saurait altérer.

This enduring interest reflects the scale and the extent of the tragedy, its intensity, its worldwide scope : there are currently more than 70 countries that have inherited the legacy of the warring nations. It also reflects an unprecedented use of weaponry produced in industrial quantities : weaponized gas, aircraft, vehicles, submarines.

Commémorer la Grande Guerre, c’est se demander comment des soldats ont pu, quatre années durant, repousser aussi loin les limites humaines pour supporter cet enfer. Comment ont-ils absorbé ces blessures et ces traumatismes, survécu au froid, à la faim, au dénuement, à la fureur, à la peur, et à l’irrespirable odeur de la mort qui vient ? « Ce que nous avons fait, c’est plus que ce que l’on pouvait demander à des hommes », a écrit Maurice Genevoix.

This is why we cannot forget, a century later, those Canadian and French soldiers who went down into this abyss and, in many cases, never returned. 67,000 (sixty-seven thousand) Canadians died and 170,000 (one hundred seventy thousand) more were wounded during those four years of war. More than 8 million French people—including our North African, African, and Asian brothers—were called to serve their country. 1.4 million died. Hundreds of thousands of others were wounded : people with “broken faces”, amputations, burns, gas injuries—for the rest of their lives, these people carried wounds in their flesh and on their faces, the indelible mark of this apocalypse. Ma génération s’en souvient, de ces vaillants vétérans que nous admirions au 11 novembre.

Commemorating the Great War reminds us also of the fraternity of democracies. It is remembering the sacrifice of young Canadian men who fell at Vimy, Passchendaele and Beaumont-Hamel. They fell on the battlefields of the Somme, Aisne, Meuse, and Marne regions, regions which they did not know, yet they fought to defend our freedom. The memorial erected at Vimy bears witness to this sacrifice : there is, in fact, a reproduction of this monument at the heart of the building of the French Embassy, here in Ottawa.

Vimy gave Canada not only legitimacy and recognition at the international level but also the opportunity to sit in on peace negotiations in 1919. “The birth of a nation.” It is this memory that we maintain today by paying solemn tribute to the Canadian soldiers fallen on French soil.

Les héros de la Grande Guerre ont combattu pour défendre des valeurs qui aujourd’hui nous rassemblent : liberté, tolérance, respect des droits de l’Homme. Commémorer la Grande Guerre, c’est aussi prononcer un message de paix. Car les victimes n’ont plus d’uniformes. Elles reposent à égalité de respect.

En 2014, la France est l’hôte de toutes les nations qui ont participé à cette tragédie et le Canada sait qu’il y trouvera toute sa place car le Centenaire est un moment de fraternité. Aussi, le 14 juillet prochain, les 72 Etats successeurs des pays belligérants sont-ils invités à participer au défilé sur les Champs-Elysées. Bastille Day inédit : des soldats, avec leurs uniformes et leurs drapeaux, mais aussi de jeunes civils, participeront à une grande manifestation pour la paix.

Mais la Grande Guerre a encore beaucoup à nous apprendre. Le passé n’est pas une nostalgie. Il nous oblige. Il vit en nous.

Ce passé, cette histoire, Apocalypse contribue à en rendre compte de manière fort singulière. D’abord, cette œuvre est une coproduction franco-canadienne. Elle témoigne donc du dynamisme et de la richesse des liens culturels qui unissent nos deux pays. Elle mobilise ensuite des techniques de colorisation et des archives jusque lors inédites.

Elle touche un public aussi divers que vaste, notamment par la télévision. A tous égards, je souhaite remercier les équipes qui l’ont réalisée pour leur contribution si admirable à la commémoration de notre histoire commune.

L’Ambassade de France au Canada est fière de s’être associée à ce projet, qui consolide le lien entre acteurs du monde de l’audiovisuel et nouveaux médias. C’est précisément l’un des objectifs du Programme de Coopération Renforcée entre nos deux pays adopté en juin de l’année dernière par le Premier Ministre Stephen Harper et le Président François Hollande.

Je salue également les représentants de la Mission du Centenaire qui sont présents ce soir. Créée en 2012, cette Mission mobilise, depuis Paris, tous les acteurs publics et privés pour faire partager ce temps de mémoire et lui donner des déclinaisons éducatives.

C’est en effet essentiel qu’à travers ces commémorations nous saisissions l’occasion de transmettre le souvenir aux jeunes générations. C’est le sens de la présence ce soir de collégiens et lycéens français et canadiens, que je salue et auxquels je m’adresse pour conclure au temps des coquelicots :

À vous de porter l’oriflamme
Et de garder au fond de l’âme
Le goût de vivre en liberté.

Dernière modification : 01/05/2014

Haut de page