#CSOTA - Sommet des Amériques sur le Climat : Allocution de l’ambassadeur [en]

#CSOTA - Sommet des Amériques sur le Climat

Allocution de Nicolas Chapuis, Ambassadeur de France au Canada :
La route vers Paris

Toronto, 9 juillet 2015, 16h40

Chers amis,

Alors que la 21ème conférence des parties des Nations Unies sur le Changement Climatique se réunira à Paris dans moins de 150 jours, vos travaux ont témoigné d’un niveau d’engagement et de détermination que je suis heureux de saluer au nom de la présidence française.

Vous avez en particulier illustré dans vos contributions que la lutte contre le dérèglement climatique et pour une économie plus sobre en carbone prend une place décisive dans l’action des territoires, quelles que soient par ailleurs les réglementations nationales. Le succès du sommet des territoires à Lyon la semaine dernière, au cours duquel les réseaux internationaux d’élus locaux ont fait des propositions concrètes sur des trajectoires ambitieuses pour limiter la hausse des températures, avait déjà mis en valeur l’intérêt d’une démarche au plus près du citoyen pour crédibiliser les engagements auxquels les Etats sont invités à souscrire à Paris en décembre prochain. Le sommet des Amériques sur le Climat marque une nouvelle étape en ce sens et participe à la dynamique de l’action qui est au cœur de notre méthode pour parvenir à un accord universel et ambitieux en décembre.

Il y a en effet urgence à agir : l’année 2014 aura été la plus chaude jamais enregistrée, et les premiers indicateurs climatiques de l’année 2015 sont préoccupants : épisode de très fortes chaleurs en Europe, sécheresse et feux de forêts dévastateurs en Amérique du Nord. De plus en plus d’autorités et de responsables concordent désormais pour constater que le dérèglement climatique aggrave les problèmes latents de santé publique, de lutte contre la pauvreté, de sécurité alimentaire, voire de sécurité tout court : aucune région du monde n’échapperait aux conséquences de notre inaction. Le coût économique de cette inaction sera par ailleurs insupportable : ne pas investir aujourd’hui dans les nouvelles énergies renouvelables ou sobres en carbone est un contre-sens pour les politiques de croissance et d’emploi que nous préconisons tous.

La présidence française est lucide : elle sait l’extrême complexité de la tâche, elle sait le travail qui reste à accomplir en moins de cinq mois, elle voit les obstacles à surmonter : notre défi est de transformer la formidable mobilisation, qui se fait jour partout dans le monde et à Toronto aujourd’hui, en un bon et robuste accord qui reste à obtenir.

Les gouvernements, les Etats, ont naturellement un rôle central à jouer : ils sont à l’œuvre, et la présidence française a pris les dispositions nécessaires pour que les travaux en amont de la conférence de Paris soient accélérés à la suite du sommet du G7 qui a adopté des conclusions remarquables par leur niveau d’ambition sur le climat ; une première réunion ministérielle aura lieu à Paris le 21 juillet, nous aurons avant la fin du mois un projet de texte restructuré qui servira de base aux négociations qui reprendront fin août. En septembre, à New York, les chefs d’Etat et de gouvernement qui participeront à l’Assemblée Générale des Nations Unies pourront faire le point des avancées et donner à leurs représentants à la COP21 les instructions qu’il convient.

D’ores et déjà, nous nous félicitons de la qualité des contributions nationales qui ont été soumises aux Nations Unies : contrairement à certaines idées reçues, la plupart de ces contributions sont plus ambitieuses sur la période 2020-2030 par rapport à ce qui avait été proposé pour la période 2010-2020 ; c’est le cas notamment des contributions américaine et chinoise, ce qui est un signal extrêmement positif dans la mesure où ces deux pays concentrent la majorité des émissions de carbone.

Parallèlement, la mobilisation des acteurs non étatiques, les villes, les régions, les territoires, la société civile, demeure essentielle, comme vous venez le faire à Toronto. Pour la présidence française, ce n’est d’ailleurs pas une option, c’est une obligation : par vos engagements, vous avez la capacité d’inciter les gouvernements à se fixer des objectifs plus ambitieux et à renforcer nos chances de parvenir à l’accord espéré en décembre ; par vos engagements, vous conduisez vos concitoyens à adopter le réflexe « zéro carbone » dans la vie quotidienne : transports écologiques, bâtiments à énergie solaire, valorisation des déchets ; par vos engagements, vous prenez des décisions concrètes qui ont un impact immédiat tout en préparant l’avenir, vous changez la donne. Les Nations Unies mesurent parfaitement l’intérêt de ces initiatives et ont mis en place une plateforme numérique appelée NAZCA (Non-State Actor Zone for Climate Action) dont la finalité est de recenser ces contributions infra-étatiques et de diffuser les bonnes pratiques, en complément des INDC des Etats.

Pour réussir comme vous nous appelez à le faire, la conférence de Paris s’appuiera sur trois principes fondamentaux :

-  L’équité dans les efforts, c’est-à-dire la différenciation : nous savons que nos responsabilités, passées et présentes, dans la dégradation du climat ne sont pas identiques, et nous savons que nos capacités à réduire les émissions ne le sont pas non plus. L’accord doit en tenir compte.
-  La solidarité financière et technologique : les pays développés se sont engagés à apporter 100 milliards de dollars de financements publics et privés, et à opérer les transferts de technologie nécessaires en direction des pays les plus vulnérables. Cet engagement doit être tenu, une méthode doit être trouvée. La question de la tarification du carbone jouera naturellement un rôle important à ce sujet.
-  Enfin et sans attendre 2020, la capacité à faire face dès à présent aux conséquences du dérèglement climatique, ce que l’on appelle « l’adaptation » : par exemple, se protéger contre la montée des océans et des mers, organiser une meilleure gestion de l’eau dans les zones agricoles asséchées, ou généraliser les systèmes d’alerte précoce face aux catastrophes climatiques. L’accord de Paris devra y apporter des solutions concrètes.

Pour conclure, il ne dépend que de la volonté de chacun d’entre nous de réussir : l’accord de Paris est en marche, le chemin est bien jalonné, la dynamique forte, jamais depuis l’adoption de la Convention sur le Climat au Sommet de la Terre à Rio il y a presque un quart de siècle l’espoir d’un accord universel et décisif n’est paru si proche. Paris n’est pas une fin, ce doit être un nouveau début.
Je vous remercie de votre soutien et de votre mobilisation.

Dernière modification : 13/07/2015

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