Déclaration du Premier ministre du Canada en Normandie, en France

Déclaration du Premier ministre du Canada en Normandie, en France

Le 6 juin 2014
Ottawa (Ontario)


Le Premier ministre Stephen Harper a aujourd’hui prononcé le discours suivant lors d’une cérémonie commémorative binationale marquant le 70e anniversaire du jour J et de la bataille de Normandie, en France :

« Vos Altesses royales, Major-général Rohmer et chers vétérans, distingués invités, Mesdames et Messieurs, chers étudiants.

« Bon après-midi, et bienvenue à Juno Beach.

« C’est pour moi un honneur d’être ici avec vous aujourd’hui, pour le 70e anniversaire du jour J, entouré de jeunes canadiens et en présence de nos distingués vétérans.

« L’anniversaire que nous soulignons n’est rien de moins qu’un point déterminant de l’histoire.

« Nous commémorons une journée dont le succès a laissé présager l’ultime conclusion d’une guerre longue et sanglante, et le triomphe des valeurs que représente le Canada.

« La liberté.

« La démocratie.

« La justice.

« Toutes les valeurs, en fait, que notre ennemi méprisait et avait effacées de toutes les parties du continent qu’il avait conquises.

« Peu d’événements contemporains ont été autant documentés que celui qu’ont vécu ici, ce jour-là, des Canadiens et leurs alliés français, britanniques, et américains.

« Pour réellement comprendre l’ampleur formidable de l’exploit accompli par les Canadiens il y a tant d’années, il faut nous souvenir des obstacles que nos troupes ont dû surmonter.

« La mauvaise température avait rendu inefficaces les bombardements navals et aériens préalables au débarquement qui devaient détruire les défenses nazies.

« Alors au lieu de débarquer parmi des ruines fumantes et des défenseurs confus, les soldats n’ont eu d’autre choix que de mener la charge contre des canons efficacement fortifiés et leurs équipes parfaitement alertes, dans la fumée, à travers les champs de mines, à travers les fils barbelés, à travers les obstacles posés sur la plage, constamment sous le feu précis et assourdissant des mortiers, et dans la mire des mitrailleuses ; le même genre de mitrailleuses que celles qui avaient causé le carnage qu’avait connu la génération de leurs pères durant la Première Guerre mondiale.

« C’est seulement après avoir franchi ce parcours mortel que les survivants ont été en mesure de détruire les centres de résistance de l’ennemi, mais pas sans d’abord avoir dû se battre au corps à corps contre certains des soldats les plus aguerris du monde.

« C’est comme cela qu’ils ont pris cette plage.

« Et voici certains des hommes qui l’ont prise.

« Les pertes ont été épouvantables.

« Dans les airs et sur la plage, et à l’intérieur des terres où le premier Bataillon de parachutistes canadiens avait atterri, avant même le débarquement principal, plus de quatre cents Canadiens ont fait l’ultime sacrifice.

« Je dois souligner au passage qu’hier, ce fameux assaut du premier Bataillon de parachutistes canadiens a été reconstitué avec succès.

« Malgré le carnage effrayant, vers le milieu de la journée, le Royal Regina Rifles, le Royal Winnipeg Rifles, le North Shore Regiment, le Régiment de la Chaudière, le Queen’s Own Rifles, le Canadian Scottish et d’autres unités canadiennes avaient percé le mur de l’Atlantique qui faisait l’orgueil d’Hitler et avaient pris leurs premiers objectifs.

« Les Canadiens allaient dorénavant combattre en Europe jusqu’à ce que l’Europe soit libérée du fascisme.

« Et c’est ce qu’ils ont fait.

« La nature de l’Armée canadienne et l’esprit de combat si intense et agressif qui animait ses membres étaient tels que durant la bataille de Normandie qui a suivi le jour J, c’est elle qui avait subi, les Canadiens avaient subi les plus lourdes pertes parmi toutes les divisions de l’ensemble de l’armée britannique.

« Pour continuer à avancer, pendant que leurs camarades tombaient de tous côtés, il leur a fallu un courage remarquable.

« Un courage qu’aucun mot ne peut exprimer.

« Les paroles me manquent.

« En tant que Canadien qui réfléchit à cet exploit, je ne peux que ressentir, nous ne pouvons que ressentir deux émotions qui, habituellement, ne vont pas de pair : une immense fierté et une profonde humilité.

« Dans cette grande réalisation, l’armée canadienne a beaucoup compté sur l’Aviation royale canadienne et sur la Marine royale canadienne.

« Chaque escadron de l’ARC basé en Grande-Bretagne a joué un rôle durant l’invasion.

« Les avions de chasse canadiens ont rapidement pris le contrôle de l’espace aérien au-dessus de la tête de la plage.

« Et ce sont les navires de la Marine royale canadienne qui ont transporté et protégé les forces d’assaut dans la Manche.

« Les navires canadiens ont ensuite fait tomber une pluie de projectiles sur les lignes de défense ennemies pour couvrir les quatorze mille Canadiens qui ont débarqué à Juno Beach ce jour-là.

« Qui étaient ces hommes ?

« Qu’est-ce qui les a poussés à continuer ?

« Pourquoi ont-ils fait ce qu’ils ont fait ?

« Ils venaient de tous les horizons, de chaque région de notre grand pays.

« Ils étaient jeunes, certains étaient encore adolescents.

« Et, comme leurs hôtes britanniques l’ont découvert, ils étaient bruyants et enthousiastes.

« Mais ils étaient unis dans une cause commune.

« Ils voulaient voir l’Europe libérée.

« Ils croyaient au droit des gens de partout de vivre libres, sans l’oppression écrasante des régimes totalitaires.

« Et ils y croyaient si fort que, dans les semaines qui ont suivi, plus de cinq mille d’entre eux allaient mourir pour atteindre cet objectif.

« En effet, les vétérans du jour J incarnent les valeurs de notre pays.

« Parce que nous sommes un pays pacifique.

« Aucun rêve de conquêtes, aucune haine aveugle, ne nous a jamais animés.

« À cette époque, comme maintenant d’ailleurs, les Canadiens comprenaient pourquoi ont dit que les gardiens de la paix sont bénis.

« Les hommes et les femmes qui ont débarqué ici, il y a de cela une éternité, comprenaient aussi qu’une malédiction pèse sur les personnes qui, en refusant de se battre pour le bien, nient l’existence même du mal.

« La paix sous l’oppression n’a aucun mérite.

« Ces Canadiens, et un million d’autres hommes et femmes du pays, ont pris les armes. Ils ont revêtu l’uniforme et ont transformé les socs de leur charrue en épées.

« C’est la façon de faire au Canada : on se range du côté des alliés d’optique commune pour défendre ce qui est bon, bien et juste.

« Il y a un mois, j’ai eu le privilège d’accueillir les Canadiens sur la Colline du Parlement, à l’occasion d’une Journée nationale de commémoration.

« Cette cérémonie soulignait la fin de notre mission pour aider la population d’Afghanistan, mission qui durait treize ans.

« Aujourd’hui, nous nous tenons là où des Canadiens ont versé leur sang lors du jour J.

« Plus tard cet été, nous marquerons le centenaire du début de la Première Guerre mondiale.

« Lors de ces batailles et d’autres batailles marquantes, comme celles de Vimy, de Juno Beach, de Kapyong et de l’opération Medusa, les soldats ont fait preuve d’une détermination inébranlable.

« Lorsque le monde crie à l’aide, les Canadiens répondent à l’appel.

« Aux vétérans qui sont ici aujourd’hui : Messieurs, vous avez voyagé loin pour vous rapprocher une fois de plus de vos camarades tombés sur le champ d’honneur.

« Jamais nous n’oublierons ce que vous avez fait ici.

« Et je sais que tous les Canadiens se joignent à moi pour vous dire sincèrement et du fond du cœur la seule chose que je puis dire pour cela, de même que pour les soixante-dix années de paix qui ont suivi : merci.

« Aux jeunes présents ici aujourd’hui : D’ici peu de temps, le devoir de mémoire appartiendra à votre génération, et seulementà la vôtre.

« N’oubliez pas.

« À cet égard, ce qu’a fait l’école secondaire Centre Dufferin, dont nombreux étudiants sont ici aujourd’hui, avec de nombreux autres, est tout à fait exemplaire.

« Cette école a mené des activités de collecte de fonds pour le Centre Juno Beach qui se trouve derrière moi et a fait de la recherche sur la vie des vétérans.

« Je félicite le personnel de l’école Centre Dufferin pour son travail tout à fait précieux.

« Mesdames et messieurs, comme le Général Rohmer l’a mentionné, les choses ont bien changé dans notre pays, dans le monde depuis le 6 juin 1944.

« Mais le courage reste encore le courage.

« L’honneur reste encore l’honneur.

« Et la liberté, la démocratie et la justice pour lesquelles ces vétérans se sont battus continuent de faire partie du patrimoine canadien.

« C’est l’héritage que vous laissent ces vétérans.

« Chérissez-le.

« Souvenons-nous des personnes qui sont tombées au combat ici.

« Et puissions-nous faire preuve d’autant de courage dans la vie qu’ils en ont eu face à la mort. »

Dernière modification : 09/06/2014

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