Fin de mission pour Herschel, le plus grand télescope spatial en astronomie [en]


Fin de mission pour Herschel, le plus grand télescope spatial en astronomie


Lancé par Ariane 5 le 14 mai 2009, la durée de vie de l’observatoire spatial Herschel de l’agence spatiale européenne était limitée par les réserves d’hélium liquide chargé de refroidir les instruments scientifiques. Le stock d’hélium s’est épuisé ce lundi 29 avril 2013 mettant un terme aux opérations deux semaines avant son quatrième anniversaire.
Ce télescope positionné sur le deuxième point lagrangien du système solaire a révélé des informations exceptionnelles sur la naissance des étoiles, l’évolution des galaxies et de la matière interstellaire, et sur notre système solaire. Initialement prévu pour fonctionner trois ans et demi, il aura enregistré plus de 25 000 heures de données pour 600 programmes d’observation.
Herschel a étudié l’Univers froid et lointain, il a examiné la composition chimique d’environnements très divers, des cocons d’étoiles au cœur des galaxies ou des comètes. Les découvertes effectuées avec Herschel ont déjà fait l’objet de plus de 600 articles scientifiques.

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Observation des filaments d’étoiles dans la voie lactée par Herschel
Image des relevés combinés de Pacs (en bleu) et Spire (en rouge) dans la région W3 de notre galaxie. Des structures filamentaires sont visibles (« East loop » et « West loop »).
© ESA/Herschel/PACS&SPIRE
© ESA/Herschel/PACS&SPIRE


Rencontre avec Herschel


Nommé d’après l’astronome germano-britannique William Herschel qui découvrit notamment d’Uranus, l’observatoire spatial Herschel est le plus grand télescope spatial consacré à l’astronomie dans le domaine spectral de l’infrarouge et du submillimétrique. Il avait déjà permis de nombreuses avancées technologiques rien que par sa conception révolutionnaire : un système cryostat pour le refroidissement, le plus grand miroir (3.5m de diamètre) jamais construit à ce jour pour l’astronomie spatiale et trois instruments de mesure :
• Hifi (Heterodyne Instrument for the Far-Infrared), un spectromètre à haute résolution dédié à l’étude de la chimie de l’Univers
• Pacs (Photodetector Array Camera and Spectrometer), un photomètre pour cartographier l’émission infrarouge du milieu interstellaire et un spectromètre pour en étudier les conditions physiques et chimiques
• Et Spire (Spectral and Photometric Imaging Receiver), qui remplit les mêmes fonctions que Pacs mais à de plus grandes longueurs d’onde, dans l’infrarouge submillimétrique.
Les techniques de fabrication mises au point pour Herschel ont déjà été appliquées à la génération suivante de missions spatiales de l’ESA, et notamment à Gaia.

L’exploration fructueuse de l’espace


" Herschel nous a offert une vision totalement nouvelle de l’Univers, en nous montrant des aspects qui nous étaient cachés jusqu’à présent, comme des processus encore jamais vus de naissance d’étoiles et de formation de galaxies, et en nous aidant à détecter la présence d’eau partout dans l’Univers, dans les nuages moléculaires comme dans les étoiles nouvelles, leurs disques protoplanétaires et leurs ceintures de comètes ", indique Göran Pilbratt, responsable scientifique du projet Herschel à l’ESA.
La mission nous a délivré des images époustouflantes des étoiles et des galaxies en retraçant toute l’histoire de la formation des étoiles grâce à sa capacité à détecter des variations de températures de quelques degrés Kelvin au-dessus du zéro absolu (-273°C). Il a traqué des galaxies lointaines dans leur état au tout début de l’univers il y a 13.8 milliards d’années. Il a découvert des super galaxies dépassant de plusieurs milliers de fois la capacité de production stellaire de notre galaxie, la Voie Lactée.
Herschel a aussi permis de déceler des volumes massifs d’eau parmi les nuages de poussière stellaire, dans des disques de planètes en formation ainsi que dans la comète Hartley-2. Ce faisant il a relancé le débat sur l’origine cosmique de l’eau terrestre par un bombardement de comètes incrustées de glace et a scruté l’espace à la recherche de preuves.

Le bilan


En prolongeant sa durée de vie de 6 mois sur 4 ans (+15%), avec une production de 600 publications à ce jour et de nombreuses autres à venir à partir des données collectées et de celle qu’il s’apprête encore à nous transmettre bien que les mesures soient arrêtées, Herschel a rempli plus que sa part du contrat.
C’est avec une émotion manifeste que les scientifiques français, européens mais aussi états-uniens et canadiens ont fait leur adieu à ce télescope flottant encore quelques semaines sur le deuxième point lagrangien de notre système solaire avant d’aller rejoindre une « orbite de rebus » autour du Soleil.
Cette mission est un exemple de collaboration spatiale européenne, elle a impliqué 15 pays européens pour sa construction et son fonctionnement, ainsi que des scientifiques des États-Unis et du Canada. La France y a été représentée par le CEA, le CNRS, l’Institut d’Astrophysique de Paris, plusieurs universités et des constructeurs industriels tels que Thalès Alenia et EADS Astrium. Herschel est considéré comme l’une des quatre Pierres Angulaires de la politique spatiale européenne avec le satellite Planck lancé conjointement, la sonde spatiale Rosetta destinée à atterrir sur une comète et la mission Gaia qui sera lancée en octobre prochain pour dresser une carte de l’espace en 3D.

Toutes les archives sont accessibles sur le site de l’Agence spatiale européenne : http://herschel.esac.esa.int/Science_Archive.shtml
Contacts : Olivier La Marle - Responsable de la thématique astrophysique au CNES -olivier.lamarle@cnes.fr
Sources :
http://www.esa.int/fre/For_Media/Press_Releases/Herschel_n_observera_plus_l_Univers
http://www.cnes.fr/web/CNES-fr/10762-st-2013-contrat-rempli-pour-l-observatoire-spatial-herschel.php


Rédigé le 30 mars 2013

Dernière modification : 21/07/2016

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