L’archéologie à l’étranger, un atout scientifique et diplomatique [en]

Ceux qui imaginent encore les archéologues comme des antiquaires récoltant de vieux objets vont être surpris ! Menés conjointement par les organismes français et ceux des pays hôtes, les grands chantiers de fouilles à l’étranger sont de véritables laboratoires qui attirent des chercheurs du monde entier et de toutes disciplines.

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Nettoyage du fronton
du monument des agonothètes
© Jean-Luc Lamboley

En Arabie saoudite, à Madâ’in Sâlih, une ancienne ville forteresse perdue au milieu du désert, s’affairent sur 1400 hectares, au côté de membres de la Commission saoudienne pour le Tourisme et les Antiquités (SCTA), des scientifiques du Centre national de la Recherche scientifique (CNRS), de l’Université Paris 1, de l’Institut français d’archéologie du Proche-Orient. Ce site nabatéen du IIIème siècle avant Jésus-Christ, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, fait l’objet d’une mission prestigieuse, codirigée par un professeur de l’Université de Hâ’il, qui attire de nombreux mécènes. Elle a reçu le Grand prix d’archéologie de la Fondation Simone et Cino del Duca, de l’Institut de France, et suscite conférences, séminaires, expositions, publications.

En Ethiopie, le site médiéval de Lalibela offre un autre défi : il est en effet constitué d’églises creusées dans le roc, dont certaines sont encore fréquentées ! Ce chantier, dirigé par deux chercheurs du CNRS en poste au Centre français des Etudes éthiopiennes à Addis-Abeba, associe des partenaires éthiopiens fortement impliqués et de nombreuses institutions françaises dont l’Institut national de Recherche en archéologie préventive (INRAP) avec des financements de l’Agence nationale de la Recherche (ANR). Une exposition permanente, destinée aux habitants et aux touristes, se tient au World Heritage Center de la ville de Lalibela où des guides ont été formés par les chercheurs.

En Albanie, à Apollonia, ancienne cité gréco-romaine, l’Institut archéologique de Tirana, les Ecoles françaises d’Athènes et de Rome, l’Université Lyon 2, le CNRS veillent sur la restauration des mosaïques d’une maison romaine et la mise en valeur de l’agora. Des étudiants du monde entier viennent se former sur le chantier école. Des fouilles là encore exemplaires, selon Jean-Michel Kasbarian, chef du pôle sciences humaines et archéologie au ministère des Affaires étrangères et européennes : « Une bonne mission, c’est celle qui favorise la pluridisciplinarité, l’innovation, la coopération universitaire, qui met en jeu le maximum de partenariats, qui exerce un impact important sur les sciences et les techniques. L’archéologie est l’une des sciences les plus pluridisciplinaires et les chantiers de fouilles rassemblent des généticiens qui étudient l’ADN ancien, des biologistes, des cartographes, des économistes, des historiens, des géophysiciens, tous les chercheurs en sciences du vivant ». Ainsi, la Mission quaternaire et préhistorique en Indonésie attire aussi bien des anthropologues, des préhistoriens que des géologues et des zoologues. L’équipe, internationale, comprend de nombreux jeunes chercheurs et doctorants, ainsi que des scientifiques indonésiens formés en France grâce à la coopération nouée de longue date entre le Centre archéologique indonésien et le Muséum national d’histoire naturelle.

La France trouve dans ces opérations l’occasion d’exporter son savoir-faire. Comme les mathématiques, l’archéologie est en effet l’un des fleurons de la recherche française et de nombreux pays sollicitent une collaboration. Cette année, tout comme en 2011, le ministère des Affaires étrangères et européennes poursuit son soutien aux missions archéologiques françaises dans le monde. La Commission consultative des recherches archéologiques à l’étranger, composée d’archéologues et de spécialistes de l’Institut de France, du CNRS, des grandes institutions culturelles ou de recherche françaises (Louvre, Muséum national d’histoire naturelle, universités) et étrangères (Institut allemand d’archéologie, Musée national du Mali), est chargée de retenir les meilleurs projets. Pour la campagne 2012, 164 missions ont été validées, dont 11 nouvelles opérations en Oman, au Pérou, au Mexique, en Azerbaïdjan, en Ukraine, en Bulgarie, au Maroc, en Tunisie et trois en Turquie.

Les Missions archéologiques sont aussi un moyen pour la France de développer ses relations de coopération avec d’autres Etats. Ainsi, en Irak, le site romain du Peramagron, sur le territoire du Kurdistan, ancien carrefour des routes caravanières, vient de rouvrir grâce au partenariat entre le CNRS et le département des Antiquités de Souleymanieh et avec l’approbation du State Board for Antiquities and Heritage de Bagdad. Cette Mission permet de relancer d’importantes recherches, fondatrices pour l’archéologie dans cette région, qui avaient été mises en veille depuis une vingtaine d’années. L’administration et les populations locales sont impliquées dans ces opérations qui doivent aussi avoir un impact sur le développement régional grâce à la mise en valeur des sites, la création d’infrastructures, le partage des connaissances de la région et de sa culture. « Le site est appréhendé dans son environnement, souligne Jean-Michel Kasbarian. Il s’agit de l’étude d’un ensemble, d’un système, avec toujours au départ une question scientifique sur laquelle on mène une enquête culturelle, historique, qui permet de mieux comprendre le passé et le présent ». L’archéologie est une affaire de passionnés : ces sites fascinants les rassemblent, toutes nationalités confondues !

(Source : MAEE - Sylvie Thomas - 2012)

Dernière modification : 20/03/2012

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