La France décore Madame Christine Colin

Remise des insignes de
Chevalier de l’ordre national de la Légion d’honneur
au Dr. Christine COLIN

Université de Montréal le 20 septembre 2011

Madame, Docteur,
Madame la Chancelière de l’Université de Montréal, (Louise Roy),
Monsieur le Recteur de l’Université de Montréal, (Guy Breton),
Monsieur le Directeur de l’Institut National de la Recherche Scientifique du Québec
Mesdames et Messieurs les Professeurs, Enseignants et Responsables de l’Université de Montréal,
Mesdames et Messieurs les personnalités issues du monde médical,
Mesdames et Messieurs,

C’est un plaisir tout particulier pour le Consul Général de France à Montréal, Monsieur Bruno Clerc, pour mon épouse et pour moi-même d’être avec vous ce soir pour cette cérémonie en l’honneur d’une personnalité exceptionnelle, comme viennent de la qualifier les orateurs précédents, notre compatriote Christine Colin, le « notre » valant autant pour les participants canadiens que pour les participants français à cette cérémonie.

Je voudrais saluer chacune et chacun d’entre vous, proches et amis de Christine Colin, qui êtes rassemblés ici pour lui exprimer votre affection et votre admiration en ce jour important.
Madame, Docteur, après les brillants exposés sur votre parcours que nous venons d’entendre, laissez moi évoquer une autre facette importante de votre vie : votre parcours international.

En effet, votre altruisme n’a de frontière que les limites de notre planète ! Vous ne vous êtes pas arrêtée aux frontières de la France ou de votre pays d’adoption et avez étendu votre combat pour l’égalité des chances à de nombreux continents.

Vous avez grandi à Nancy et y avez achevé vos études de médecine par une thèse au titre qui en dit déjà long sur votre engagement futur : « L’épidémiologie des nouveau-nés provenant de milieux défavorisés  ». En 1980, vous quittez la France pour le Québec, où vous poursuivrez votre formation à Montréal. Vous y rencontrerez votre mari et vous y installerez pour fonder votre famille. Dès lors, vous n’aurez cependant de cesse, à travers votre travail, d’entretenir la collaboration entre la France et le Canada, portant au plus haut la relation entre nos deux pays et favorisant le développement de relations de coopération solides et durables en matière sanitaire.

Entre autres liens féconds, que vous avez entretenus avec la France tout au long de votre carrière, vous avez siégé au Conseil scientifique de l’Ecole Nationale de Santé Publique de France (ENSP). Vous êtes aussi Présidente du Conseil scientifique des Hautes études en Santé Publique de France (EHESP) et enfin membre, depuis 2010, du Conseil Scientifique de l’INPES, l’Institut National de prévention et d’Education pour la Santé en France.

Dans le cadre de vos fonctions au sein du Gouvernement du Québec dans les années 90, vous avez également contribué à développer des expertises conjointes avec la France en matière de prévention et de protection de la santé publique et êtes à l’origine, avec vos collègues français, de nouveaux partenariats entre organismes de santé.

Enfin, toujours avec la préoccupation de lutter contre la pauvreté et d’œuvrer pour l’amélioration de la santé des personnes pauvres et la protection de l’enfance, vous entretenez depuis plus de trente ans une collaboration soutenue avec des pédiatres et des spécialistes de santé publique français avec lesquels vous avez produit en 2004 un ouvrage intitulé « Une juste place pour tous les enfants : plaidoyer pour l’action ».

Nous avons parlé de vos liens avec la France, indissociables de ceux que vous entretenez au sein de la Francophonie, cette francophonie que vous défendez avec ferveur. J’en veux pour preuve votre nomination en 2005 au sein du conseil scientifique de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et de sa commission régionale d’experts pour les Amériques. Votre rôle au sein de cette agence sera connu et reconnu, puisqu’en 2007 vous serez élue, à bulletin secret, il est important de le mentionner, Présidente de l’AUF. Dans ces fonctions, vous avez apporté une importante contribution à l’amélioration de la gouvernance universitaire et au transfert des connaissances au profit des pays du Sud.

Votre parcours international ne s’arrête pas là. Vous avez également participé aux assemblées et aux travaux d’organisations internationales, en particulier l’Organisation Mondiale de la Santé et la Conférence Internationale des Doyens des Facultés de Médecine d’Expression Française (CIDFMEF).

Preuve supplémentaire de votre engagement sans faille en faveur des défavorisés, vous serez de 1998 à 2000 Directrice générale du Secrétariat à l’adoption internationale (SAI).

A titre bénévole, vous œuvrez également depuis plus de trente cinq ans contre la grande pauvreté et pour l’amélioration de la santé en milieu défavorisé avec le mouvement Aide à Toute Détresse (ATD) Quart Monde, en France dans un premier temps, puis au Québec, où vous avez été la première Présidente du Conseil d’administration de cette association.

L’on m’a rapporté, Madame, cette phrase de votre enfance : « Pourquoi ma meilleure amie est-elle pauvre et vit-elle dans des conditions aussi difficiles ? ». Une phrase qui à elle seule suffit à résumer votre vie. C’est en reconnaissance de cet engagement personnel exemplaire pour soulager la détresse humaine que nous sommes réunis ce soir.

Docteur, permettez moi en effet d’exprimer à nouveau l’admiration que suscite votre parcours exceptionnel, que j’illustrerai de quelques chiffres :
- 140 publications.
- Vous avez siégé en plus de 150 comités, souvent à titre de présidente.
- Vous avez organisé 19 congrès nationaux et internationaux, à titre de membre ou de présidente des comités d’organisation ou scientifiques.
- Vous avez présenté 420 conférences scientifiques et allocutions professionnelles, notamment en France sur la santé des femmes enceintes et des nouveaux nés et sur l’amélioration de la santé des personnes pauvres.
- Vous avez obtenu 10 prix ou reconnaissances au cours de votre carrière

Et l’on ne saurait dire le nombre de personnes qui bénéficient directement des résultats de vos recherches et de vos travaux dans le domaine de la santé publique.

Au nom de tous : MERCI !

Docteur, Madame, permettez-moi enfin cette note personnelle : je vous sais Carpinienne, en d’autres termes native de la petite ville de Charmes, au Nord du Département des Vosges, en Lorraine, au pays des mirabelles. Je ne sais le temps que vous y avez vécu mais je pressens que, d’une manière ou d’une autre, vous portez le souvenir et l’histoire de votre ville natale, comme cela nous arrive à presque tous. Cette histoire a été jalonnée de périodes fastes, celles des drapiers, des tanneurs, des industries du textile et du bois ; elle a aussi connu de drames, ceux des guerres, dans cette Lorraine si souvent disputée, y compris pendant la Seconde Guerre Mondiale, au cours de laquelle des dizaines de ses habitants ont été déportés. Charmes, qui est titulaire de la Croix de Guerre 39-45, a fait l’objet d’un programme de reconstruction accélérée, d’ailleurs inauguré par le Président de la République Vincent Auriol à une date qui ne vous fut pas indifférente puisque ce fut celle votre naissance.
Je ne doute pas qu’une part de votre riche personnalité s’inscrit dans l’histoire souvent douloureuse de votre ville natale. Peut-elle s’inscrit-elle aussi dans le souvenir d’un Carpinien célèbre, qui nous a laissé, dans son roman La Colline inspirée, cette phrase si simple et si belle, qui a fait le tour du monde : « Il y a des lieux où souffle l’esprit ». Beaucoup auront reconnu Maurice Barrès.
Madame, Docteur, nous sommes convaincus que vous avez fait souffler l’esprit partout où vous êtes passée.

L’Ordre national de la Légion d’honneur, créé par Napoléon, vise à reconnaître les mérites éminents acquis au service de la Nation, que ce soit à titre civil ou sous les armes, par des citoyens français, ou étrangers. Je ne doute pas, Madame Colin, que vous remplissez toutes ces conditions.

Aussi, autorisez-moi maintenant à procéder à la remise des insignes. Mais autorisez-moi auparavant cette dernière remarque : je viens d’entendre que vous étiez Chevalière de l’Ordre national du Mérite du Québec. En France, nous n’avons pas encore "féminisé" le titre de Chevalier ; je solliciterais donc l’indulgence de nos amis québécois pour qu’ils acceptent que j’utilise la formule adéquate, telle que nous la pratiquons de l’autre côté de l’Atlantique !

Christine COLIN, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur./.

Dernière modification : 05/12/2011

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