La France et le Canada : réussir ensemble

LA FRANCE ET LE CANADA : REUSSIR ENSEMBLE
Conseil des Relations Internationales de Montréal

2 avril 2015

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Consul géneral @FranceaMontreal, @DenisCoderre et @FaskenMartineau avec Amb. @NChapuis @franceaucanada au @corim_mcfr
crédit photo : http://www.corim.qc.ca/

La France et le Canada : un destin commun, une prospérité partagée, des partenaires solidaires dans les épreuves

La France et le Canada sont liés par un pacte fondateur depuis 4 siècles ; lorsque j’ai remis mes lettres de créance au gouverneur général du Canada le 18 février dernier, j’ai constaté ainsi que la liste officielle des gouverneurs généraux débutait par le nom de Samuel de Champlain, premier gouverneur de la Nouvelle France.

Ce destin commun nous oblige : il fait de la France un partenaire solidaire, attentif, qui voit dans le Canada et dans les Canadiens une incarnation de ses propres valeurs enracinées dans une histoire commune et de ses propres attentes de prospérité partagée pour ce siècle.

Ce destin commun s’illustre dans les épreuves : nous avons perçu l’attentat au parlement d’Ottawa comme une attaque contre nous-mêmes, et réciproquement les Canadiens ont massivement témoigné leur empathie au lendemain des attentats de Paris en janvier. « Je suis Charlie » a été un cri de ralliement à travers tout le pays, plus encore que dans tout autre.

Ce destin commun est également économique : comme vous le savez, le redressement économique constitue la priorité de la France.

La situation économique du Canada, l’un des pays du G7 qui a le mieux surmonté la crise économique depuis 2008, fait de lui un partenaire attractif. La prochaine entrée en vigueur de l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada va aboutir à un degré de libéralisation des échanges économiques au sens large, incluant les services, l’investissement, les mouvements des professionnels, les normes et cadres réglementaires, sans équivalent entre l’UE et aucun autre pays industrialisé. Une nouvelle phase de démantèlement des barrières interprovinciales au commerce va conforter l’intérêt du marché canadien. Le dynamisme des provinces de l’Ouest, porté par l’exploitation des ressources naturelles mais aussi l’innovation, recèle un potentiel immense pour les entreprises françaises. Les échanges économiques entre la France et le Canada sont denses et dynamiques (les échanges commerciaux se sont montés à 6,2 milliards € en 2013) mais la part de marché de la France (1,1%) n’est pas à la hauteur de nos attentes.

Le ministre des affaires étrangères a demandé à M. Jean-Paul Herteman, Président de SAFRAN, d’être son représentant spécial auprès du Canada pour donner, en étroite liaison avec l’ambassade et les consulats généraux, une impulsion économique à nos relations économiques en mettant l’accent sur les trois principaux axes qui suivent :

-  identifier les opportunités pour les entreprises françaises liées aux nouveaux enjeux (développement de l’Ouest et du Nord du Canada, enjeux économiques et technologiques liés au dérèglement climatique), en s’appuyant notamment sur les accords de coopération entre pôles de compétitivité et c1usters canadiens et les implantations de centres de R&D des groupes français, en particulier du secteur NTIC ;
-  valoriser l’offre française en matière d’infrastructures et services pour le secteur minier, notamment à travers un renforcement de la visibilité de cette offre lors des grands salons professionnels du secteur ;
-  contribuer à un renforcement des flux d’investissements industriels et financiers canadiens vers la France, en mettant notamment en avant le rôle de plateforme vers l’Afrique de notre pays.

La route vers Paris - la France, le Canada et la Conférence Paris Climat 2015 : relever le défi du siècle

Nous y sommes ! Il reste moins de 250 jours avant le grand rendez-vous de Paris Climat 2015. Il s’agit d’un laps de temps très court si l’on considère l’enjeu. La communauté scientifique mondiale est parvenue à un consensus sur le constat : la température moyenne de la planète se réchauffe à très grande vitesse, du fait de l’activité humaine, et cela provoque un dérèglement climatique global. Si nous ne sommes pas capables de nous entendre, nous ne pourrons éviter une crise humanitaire, économique, alimentaire, sécuritaire, sans précédent dans l’histoire de l’humanité

250 jours, c’est surtout un délai très court si l’on comprend que 195 Etats, dont les intérêts divergent, doivent d’ici là se mettre d’accord sur le régime universel qui succèdera à celui qui avait été convenu à Kyoto en 1997.

En se proposant de présider la CoP21, à Varsovie en décembre 2013, la France avait pleinement conscience de la grande difficulté de l’exercice. Mais elle a fait le pari de l’engagement et de la mobilisation : les premiers résultats sont là. Pour la première fois en 2014, depuis 40 ans, les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l’énergie ont stagné, malgré une croissance économique. C’est bien la preuve que nous pouvons agir contre le changement climatique sans mettre en danger l’économie. A ce jour, avec l’Union européenne, les Etats-Unis, la Norvège et la Russie, ce sont déjà deux tiers des pays développés qui ont affiché leurs ambitions. Ils couvrent à eux seuls 80 pour cent du total des émissions des pays industrialisés.
L’exemple du Mexique et du Gabon, deux pays en développement, qui viennent eux aussi de déclarer leur ambition, est un symbole extraordinaire du caractère universel de ce qui se dessine à Paris. Il ne s’agit plus d’une question qui regarde les seuls pays du Nord. Les pays du Sud, principalement les nouveaux grands émetteurs, prennent aussi leurs responsabilités : la Chine vient de confirmer, le 30 mars, qu’elle publierait sa contribution au premier semestre. Nous travaillons activement avec un autre grand émetteur du Sud, l’Inde, pour qu’il se joigne au mouvement.
Tous ont pris conscience que nous avions le 30 novembre prochain à Paris un rendez-vous avec l’Histoire pour relever le défi du siècle.

La préparation de la Conférence Climat et la nouvelle économie internationale : quels objectifs et quels moyens ?

1. Paris climat 2015 : un nouveau départ universel face au dérèglement climatique

Chacun mesure à quel point ce que nous cherchons à mettre en place d’ici Paris, représente quelque chose de nouveau, d’inédit, dont le rendez-vous de décembre ne sera que le commencement.
Sans rappeler l’historique fastidieux des négociations climatiques, depuis le premier constat scientifique du réchauffement de la planète, à la fin des années 1980, on peut rappeler trois jalons pour mesurer la nouveauté de ce que nous visons :

• à Rio, en 1992, lors du Sommet de la Terre, les Etats se sont fixé l’objectif de stabiliser les émissions de gaz à effet de serre pour empêcher toute perturbation dangereuse du climat.
• A Kyoto en 1997, pour la première fois, ils ont inventé une façon concrète de parvenir à un tel objectif. Mais ce système devait évoluer pour tenir compte d’un monde qui change à très grande vitesse. Les pays émergents sont devenus de très grands émetteurs également et un engagement des seuls pays développés n’est plus de nature à répondre au défi
• A Copenhague, en 2009, nous avons failli, collectivement, à nous entendre sur l’après Kyoto.
Pour tenir compte des nouvelles réalités du monde, et pour éviter à tout prix une réédition de l’échec de Copenhague, la présidence française de la CoP21 a proposé une « Alliance de Paris pour le climat », qui repose sur quatre piliers.

Le premier, c’est l’essentiel, ce sera un accord juridique universel et différencié, qui démontre que nous agissons dès aujourd’hui et que nous prendrons des mesures fortes supplémentaires, à long terme, pour atteindre l’objectif commun de limiter le réchauffement global en deçà de 2°C. Nous espérons tomber d’accord sur les principaux sujets avant Paris et la France a proposé que cet accord soit juridiquement contraignant, universel, différencié et ambitieux.

Depuis 1992, une séparation étanche existait entre les pays du Nord, et les autres pays de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Seuls les premiers s’engageaient, tandis que les autres se voyaient seulement reconnaître la faculté d’agir dans le domaine climatique.

Le Canada fait partie des pays qui ont posé comme condition de leur engagement que les grands émetteurs soient tous mis à contribution. Depuis l’automne dernier, les choses évoluent dans le bon sens. La Chine, pour la première fois, a accepté le principe de limiter ses émissions. Nous sortons des catégories rigides de 1992.
Le deuxième pilier de l’Alliance de Paris, c’est un paquet financier : nous ne pourrons atteindre de réduction des gaz à effet de serre sans un accès équitable au développement durable.

La capitalisation initiale du Fonds vert des Nations-Unies à hauteur de 10 Md$US est un premier pas. Au-delà, à plus long terme, nous avons besoin de réunir 100 Md$US/an à partir de 2020, à partir de sources privées et publiques.

Nous aurons deux autres échéances internationales majeures en 2015 : la conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement en juillet et le sommet de septembre à New York sur les objectifs de développement durable. Il faut envisager ces rendez-vous en lien étroit avec celui de Paris car ils ont le même objectif : promouvoir un modèle plus durable de développement au niveau mondial.
Le troisième pilier de l’Alliance de Paris, qui se met en place de façon décisive ces jours-ci, ce sont les contributions de chaque gouvernement.

Comme je le disais, déjà plus de trente pays se sont déjà engagés sur des objectifs d’ici l’horizon 2025/ 2030, représentant 80% des émissions du monde développé.
La publication par l’ensemble des pays de leurs objectifs avant le rendez-vous de Paris nous permettra d’estimer globalement quelle est l’ambition mondiale sur laquelle nous nous engageons collectivement. A charge pour tous d’accroître progressivement ensuite cette ambition, pour préserver l’avenir de nos enfants.
Le quatrième pilier, tout à fait nouveau, décidé à Lima, c’est l’agenda des solutions, qui repose sur les actions de toute une série d’acteurs non gouvernementaux : les villes, les régions, les provinces, les entreprises, la société civile. Tous ces acteurs apporteront en décembre ce qu’ils ont décidé de faire pour conforter les résultats que nous recherchons.

Certes le dérèglement est une question globale qui exige une mobilisation mondiale. Mais en même temps il faut prendre conscience de la dimension locale de la réponse. Et il faut montrer que si le dérèglement représente un risque gravissime, la transition que nous avons déjà engagée est une chance, une opportunité qui est déjà à notre portée : il est possible de répondre au dérèglement climatique.

Ce quatrième pilier présente un autre intérêt déterminant : souvent l’objectif apparaît comme trop lointain. Lorsque nos concitoyens s’entendent dire que dans cinquante ans, le dérèglement climatique provoquera une crise globale, ils peuvent légitimement se dire qu’il y a d’autres crises plus urgentes et d’autres priorités. L’Agenda des solutions, c’est une manière de dire que tout se passe dès maintenant, une manière de prouver que la transition n’est pas hors d’atteinte : ou plus justement, c’est une manière de démontrer que la transition est déjà en marche, au quotidien, grâce à l’action de toute une catégorie d’acteurs non étatiques. Ceci est remarquable tout particulièrement au Canada, terre d’innovation et d’excellence, j’y reviendrai.

Le rendez-vous de Paris Climat 2015 sera donc un point de départ, une première dans l’histoire avec la mise en place d’une gouvernance globale pour répondre au premier défi qui touche l’humanité dans sa globalité. Les quatre piliers de Paris sont tout à fait décisifs pour le succès de ce que nous voulons faire à Paris. Pour chacun de ces piliers, le Canada a un rôle tout à fait essentiel à jouer.

2. en route vers la réussite de Paris : le Canada est à bord

En notre qualité de président de la CoP21, nous dialoguons très régulièrement et très étroitement avec le gouvernement fédéral canadien, en lien avec la présidence péruvienne actuelle de la COP20 et avec l’ensemble des pays.

La négociatrice en chef du Canada pour le climat, Mme Louise Métivier, et son équipe participent activement aux étapes intermédiaires de la route vers Paris, qu’il s’agisse des réunions formelles ou des discussions informelles. Je veux saluer ici la force de proposition qui est celle du Canada, le savoir-faire de ses représentants dans la recherche internationale de compromis qui tiennent compte des exigences des Canadiens comme des citoyens du monde entier.

Le Canada est d’abord exigeant avec lui-même, c’est un pays qui tient ses engagements, à tel point que, quand il constate qu’il ne pourra les tenir, il le dit, au risque de ternir son image. Le retrait canadien du protocole de Kyoto a fait grand bruit sur la scène internationale quand le gouvernement a considéré qu’il ne pouvait pas porter seul en Amérique du Nord le poids de l’adaptation ; mais maintenant que les Etats-Unis viennent d’afficher leur ambition, la France invite le Canada à franchir à son tour la porte de Paris.

En effet, à l’heure où les premières contributions ont été publiées, celle du Canada sera déterminante. Non pas tant en raison du volume de ses émissions - le Canada ne représente que 2% des émissions mondiales - mais parce que le Canada est dépositaire, par son histoire, par ses engagements passés sur l’environnement, la paix et la sécurité internationale, d’une image de sagesse et de hauteur de vue quand il s’agit de l’intérêt général.

Je ne sais pas si les citoyens canadiens se rendent compte à quel point le Canada est attendu à Paris. En annonçant sa participation au Fonds-vert des Nations-Unies, en novembre dernier, à quelques jours de la conférence de Lima, le Canada a influencé très favorablement la dynamique qui a permis de parachever la capitalisation initiale de 10MdsUS$. A plus long terme, la mobilisation de ressources privées pour des objectifs d’intérêt général est un domaine dans lequel le Canada possède une expertise certaine et nous attendons de sa part des propositions lors du sommet du G7 de juin 2015.

Ce même effet d’entraînement explique pourquoi la contribution nationale du Canada est espérée au plus tôt. De ce que nous comprenons, elle sera publiée d’ici le mois de juin. Plus encore que la date de cette contribution, c’est le niveau d’ambition du Canada qui sera attentivement scruté par d’autres Etats indécis. S’il prend en compte les mesures souvent innovantes ou pionnières prises par ses provinces et territoires et s’il est en position de les intégrer dans un cadre fédéral dynamique, le Canada, je n’en doute pas, jouera un rôle de premier plan dans le succès de la conférence de Paris 2015.

Le point le plus fort du Canada : le dynamisme et la diversité de ses provinces et territoires, de ses villes et de son secteur privé.

La nature fédérale du Canada implique une consultation approfondie du gouvernement fédéral avec les provinces et territoires du Canada. Le gouvernement fédéral a entamé ce travail très fastidieux, aussi bien sur le contenu des négociations en cours de l’accord qui sera signé à Paris, que sur les objectifs d’émissions que chaque province se fixe.

Les provinces canadiennes vont de l’avant. Elles font la preuve de leur très fort dynamisme afin d’attribuer « un prix au carbone ». Dans quelques jours, le Premier ministre du Québec accueillera ses pairs des autres provinces pour un Sommet sur le climat.

Certes, toutes n’ont pas les mêmes intérêts, le même rythme, ni la même ambition en la matière. Mais c’est toute la richesse du Canada que d’être ainsi un laboratoire des différentes solutions en la matière. Puisque je suis au Québec aujourd’hui, je me dois de rendre hommage au système de « marché du carbone » qu’il a mis en place, en association avec la Californie. Le système mis en place en Colombie britannique est différent, avec une taxe carbone, progressive, que les acteurs économiques peuvent anticiper. Là encore, c’est une province canadienne qui a fait partie des pionniers mondiaux. Je n’oublie pas les autres provinces et je pense en particulier au Nouveau-Brunswick, qui atteindra ses objectifs de Copenhague. Je pense naturellement aussi à l’Ontario et l’Alberta, dont nous savons qu’elles sont sur le point de faire des annonces.

Tout à l’heure je disais du Canada qu’il est une terre d’innovation et d’excellence. Au-delà des provinces, cela se vérifie avec les villes et le secteur privé.
Avec sa décision cette semaine, à l’unanimité du conseil municipal, de se fixer un objectif de 100% d’énergies renouvelables, Vancouver, pour ne prendre qu’un seul exemple, vient de s’offrir un billet d’entrée dans un club très fermé à l’échelle de la planète.

Le secteur privé et le capital intellectuel sont sans doute la principale ressource dont dispose le Canada. Certes les émissions du secteur du gaz et du pétrole sont en forte croissance, mais rendons hommage aux impressionnants progrès et gains d’efficacité rendus possibles par la capacité d’innovation des entreprises canadiennes. L’augmentation remarquable de l’efficacité que connaît ce secteur contribue à la transition énergétique. Il y a aussi au Canada des entreprises qui font avancer le niveau technologique de la captation du carbone, c’est essentiel. Il y a aussi au Canada des progrès notables en matière d’efficacité énergétique, notamment dans les équipements et les logements. Il y a enfin le secteur des énergies renouvelables, qui génère déjà, au Canada, plus d’emplois que le secteur des hydrocarbures, pour des activités qui sont essentiellement orientées vers les exportations.


Paris climat 2015 n’est pas un rendez-vous de plus parmi les innombrables pourparlers dont la communauté internationale est coutumière. Paris Climat 2015 est LE rendez-vous, c’est un nouveau départ pour la communauté internationale, pour la façon dont les Etats doivent apprendre à travailler ensemble.

Le Canada a un rôle très important à jouer face à ce défi, qui nous concerne tous. Le Canada est un partenaire essentiel de ce que nous cherchons à atteindre à Paris.

Le Canada est sorti de Kyoto, mais nous formons des vœux pour qu’il entre résolument dans Paris.

C’est ensemble que nous réussirons.

Dernière modification : 02/04/2015

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