Le paradis des patients

Publié le 17 mars 2015

Le paradis des patients

Lysiane Gagnon
La Presse


« Allo, ici le Dr Martel.

« Bonjour, j’ai mal à la gorge et je tousse beaucoup. Pourrais-je avoir un rendez-vous ?

« Laissez-moi voir. J’ai une ouverture à 14h10, à 17h ou à 19h30... Qu’est-ce qui vous convient le mieux ? »

À ce moment, la touriste québécoise est figurativement tombée en bas de sa chaise. Elle ne peut croire à sa chance : Quoi ? Un rendez-vous médical le jour même, à deux pas de chez elle, avec en plus le choix de l’heure ?

L’expérience est pourtant commune à tous ceux qui ont fréquenté, ne serait-ce qu’épisodiquement, les services de santé français. La France est le paradis des patients : des médecins disponibles, zéro attente aux urgences... Et cela se reflète dans les rapports de l’Organisation mondiale de la santé, qui classe la France comme l’un des pays les plus performants en matière de soins de santé.

Vous voilà donc à l’heure dite chez le Dr Martel. Il vous ouvre lui-même la porte, et après la consultation, il encaissera votre paiement et signera les reçus requis. Le médecin de quartier pratique souvent seul et n’a pas de secrétaire. Toutefois, il dispose - autre grande nouveauté pour la touriste québécoise ébahie - d’un système informatique. Votre dossier rejoindra ceux de ses autres patients dans les entrailles de son ordinateur.

Le reste est à l’avenant. Faut-il une radiographie ? Une échographie ? La clinique voisine vous donnera rendez-vous pour le lendemain ou, au pire, le surlendemain. Et vous en repartirez avec les rapports en mains.

Chaque arrondissement de Paris compte plus d’une trentaine de cabinets de généralistes, dont les tarifs varient en fonction du secteur. Dans un gros village, on peut même avoir le choix entre une dizaine de médecins.

C’est dire qu’il y a énormément de généralistes en France, assez pour que les patients n’aient jamais à attendre. Ce n’est que dans les régions isolées et dans certaines zones sensibles (où le taux de délinquance est très élevé) qu’il peut y avoir pénurie.

Pour les résidents permanents, les services sont « gratuits », défrayés par la Sécurité sociale et un système complexe d’assurances privées et de mutuelles.

Il y a évidemment une contrepartie à cette extraordinaire accessibilité. Les médecins français sont beaucoup moins bien rémunérés que les nôtres. Revenu moyen d’un généraliste : 70 000 euros (quelque 94 000$). Revenu moyen d’un spécialiste : 111 500 euros (environ 150 000$).

J’ai déjà eu affaire à un médecin qui a passé le plus clair du temps de la consultation à m’interroger sur la vie au Québec. Il pensait à émigrer ici en raison des nouveaux accords franco-québécois sur la mobilité des professionnels, car il avait entendu dire par des collègues québécois que chez nous, il pourrait se faire le même revenu en travaillant à mi-temps...

La France, à l’instar de la plupart des pays d’Europe de l’Ouest - mais contrairement à la Corée du Nord, à Cuba et... au Canada - , fait une bonne place au privé, tant sur le plan hospitalier que médical. Nombre de chirurgies mineures, même celles qui requièrent une hospitalisation, sont assurées par des cliniques privées.

Notons que ce système mixte a été implanté et maintenu par des gouvernements très souvent socialistes, et que même l’extrême gauche n’a jamais remis en question la mixité du régime.

Cela dit, le système français coûte cher à l’État. Nombre d’économistes estiment que les Français ne pourront pas continuer longtemps à s’offrir un modèle aussi luxueux et que les usagers devront éventuellement contribuer de leur poche.

Il reste une leçon à tirer du modèle français : si l’on produisait plus de médecins, tous les Québécois auraient un médecin de famille... qu’ils pourraient consulter rapidement s’ils tombaient malades entre leurs rendez-vous annuels.

http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/lysiane-gagnon/201503/13/01-4852017-le-paradis-des-patients.php

Dernière modification : 26/03/2015

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