Vers un « cloud computing » à la française [en]

L’informatique à distance fait le « buzz ». Ce marché s’annonce colossal dans les années à venir et les pouvoirs publics français se sont saisis de la question, avec l’objectif de créer un grand opérateur national d’envergure européenne.

JPEG « L’informatique dans le nuage » : la traduction de l’expression « Cloud Computing » n’a guère de sens. Mieux vaut se pencher sur l’explication de ce concept dont l’avenir semble bien tracé. Il s’agit de délocaliser le stockage et le traitement de données informatiques, habituellement gérés sur des serveurs locaux, vers des serveurs distants sur Internet. Physiquement cependant, ces données se trouvent bien sur terre ! Elles sont concentrées dans des centres de traitement de données gigantesques, sortes d’immenses usines numériques remplies de matériel informatique et dont la taille représente une bonne dizaine de fois celle d’un terrain de football.

Cette informatique délocalisée s’adresse aux gouvernements, aux administrations, aux entreprises et aussi aux particuliers - c’est le « personal cloud » - qui peuvent ainsi débarrasser leurs disques durs de leurs carnets d’adresses, photos, musiques, vidéos, documents. Finie la course aux capacités de mémoire toujours plus grandes pour les ordinateurs, les appareils photos, les baladeurs, les « smartphones » et autres tablettes numériques.

Dans l’univers professionnel, le « cloud computing » se définit comme un système d’informatique à la demande. Les entreprises qui externalisent leur informatique ont accès à des applications au choix (messagerie, ressources humaines, relation client, etc.). La puissance informatique se loue en ligne, en fonction de l’évolution des besoins de l’entreprise. Il suffit de souscrire un abonnement pour pouvoir consommer et payer les services que l’on utilise. Par rapport aux modèles traditionnels, ce fonctionnement permet aux entreprises de réduire leurs coûts d’infrastructure grâce à la mutualisation du matériel et de développer des applications partagées.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’une innovation : le « cloud computing » fait appel à des technologies connues et pratiquées depuis longtemps. Ce qui au demeurant est plutôt rassurant pour l’utilisateur, même s’il est clair que pour garantir la fiabilité des services et pour que les données demeurent accessibles en temps réel, les infrastructures devront s’adapter à l’augmentation de la demande. Car si la révolution en train de s’accomplir n’est pas technologique, elle est bel et bien économique. Ce secteur d’activité annonce des perspectives vertigineuses, avec un taux de croissance annuel prévu de 30 %. Le marché mondial atteindrait ainsi en 2020 les 270 milliards de dollars, dont 118 milliards pour les dépenses institutionnelles.

En France, plus encore qu’ailleurs en Europe, les entreprises sont très intéressées par les solutions « cloud ». D’après une enquête du cabinet Markess International, une entreprise sur trois en France devrait utiliser cette année au moins l’un des services du « cloud computing ». En vertu de quoi, on estime que le marché en France pourrait atteindre les 2,7 milliards d’euros, soit une hausse annuelle de 21 %.

Dans ce contexte, rien d’étonnant à ce que les éditeurs de logiciels, les fabricants d’ordinateurs, les opérateurs de télécoms se précipitent sur ce territoire en pleine effervescence. Si la France dispose d’hébergeurs, comme la société OVH par exemple, les géants américains du secteur sont omniprésents. Les pouvoirs publics français ont décidé de passé à l’action, en lançant un appel à projets dans le cadre du programme Andromède. Deux consortiums ont été mis en place : l’un regroupant SFR et Bull, tourné en particulier vers les PME et les grands groupes ; l’autre associant Orange et Thalès, destiné aux entreprises et aux organisations en majorité du secteur public. Afin de favoriser le développement des deux projets, Le groupe Caisse des Dépôts, investisseur de long terme au service de l’intérêt général et du développement économique de la France, a réalisé un investissement de 75 millions d’euros pour chacun d’entre eux.

Mettre en place un « cloud computing » national, en conformité avec les règles françaises et européennes en matière de stockage, de confidentialité et de sécurité des données, revêt un intérêt stratégique. Le but d’Andromède est notamment de donner aux entreprises, ainsi qu’aux acteurs du secteur public, l’assurance que la confidentialité de leurs données ne sera pas menacée par l’application de décisions prises par des juridictions étrangères. La confidentialité revêt en effet une importance particulière pour la défense nationale, les administrations, les entreprises innovantes…

La proximité géographique entre les opérateurs et les clients est un facteur déterminant pour l’établissement d’une véritable relation de confiance. Aux centres de traitement de données existant déjà en France viendront rapidement s’ajouter ceux prévus dans le cadre du projet Andromède. Leur volume d’activité considérable devrait entraîner une baisse des prix qui se traduira par un gain de compétitivité pour la France. Les offres commerciales des deux consortiums sont annoncées pour la fin de l’année 2012 et devraient ouvrir les portes du marché européen, évalué à 15 milliards d’euros dès 2016.

(Source : MAE/Sylvie Thomas/août 2012)

Dernière modification : 02/08/2012

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